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Acheter un logement occupé : plusieurs solutions
Du fait que la plupart des ventes aux enchères publiques proviennent de saisies immobilières, les logements proposés sont souvent occupés, soit par lancien propriétaire (le saisi), soit par un locataire (dont la gestion revient à ladjudicataire), ou par des squatters et autres personnes dont la présence est indésirable (personne logeant à titre gratuit en accord avec lancien propriétaire).
Si lachat est effectué dans le but dhabiter le logement, il est fondamental de se renseigner auparavant sur les conditions dans lesquelles le bien sera disponible.
Il existe plusieurs cas :
1· Logement occupé par un locataire en règle
- le locataire dispose dun contrat de location -qui a généralement été conclu pour une durée de trois années renouvelables- quil est en général possible de consulter en annexe du procès-verbal de description remis par lhuissier avec le cahier des charges.
- dès lors que le locataire est en règle (loyers payés), le nouveau propriétaire a lobligation de respecter la durée du bail. Le locataire disposant dun droit automatique au renouvellement de son bail, si le propriétaire veut récupérer le logement pour son utilisation personnelle ou sa vente, il doit donner congé au locataire 6 mois avant lexpiration du bail.
- pour être valable, ce congé doit sappuyer sur des raisons légitimes : vendre, habiter ou loger de la famille, non-respect des conditions du contrat par le locataire
2· Conditions doccupation méconnues
- loccupant peut être lancien propriétaire, une personne de sa connaissance logeant gratuitement ou un squatter
Le seul moyen de savoir à quoi sen tenir est de se rendre sur place, ce qui peut aussi permettre dobtenir des informations auprès de lhuissier.
- Au même titre que dans le cas dun locataire ne payant pas ses loyers, le nouveau propriétaire est en droit de réclamer la libération des lieux et le paiement dindemnités doccupation (équivalant à des loyers) dont nous reparlerons plus tard. Cest ce cas de figure que nous allons examiner.
a. Des modalités dexpulsion : la voie traditionnelle
Tout autre occupant qui ne soit pas un locataire disposant dun bail valide et payant son loyer est susceptible dêtre expulsé. La méthode diffère un peu selon quil sagisse dun locataire ou dun squatter, car ceux-ci nont pas les mêmes droits.
La procédure dexpulsion la plus courante est en générale celle des locataires qui ne payent plus leur loyer. Elle est gérée par un huissier. Celui-ci envoie un commandement de payer au locataire avec la mention des sommes dues, auquel celui-ci peut répondre dans un délai de deux mois. Lhuissier dispose de plusieurs leviers pour tenter davoir paiement des loyers impayés:
- la saisie-vente (saisie des meubles)
- la saisie-attribution (saisie des fonds disponibles sur les comptes bancaires du saisi ou auprès de toute personne disposant de fonds lui appartenant)
- la saisie dune partie du salaire (selon un barème qui tient compte notamment du nombre denfants)
Au bout de deux mois, le locataire est assigné devant Tribunal dInstance pour payer le solde de sa dette et/ou être expulsé. Il est dans le devoir de lhuissier de joindre à cette assignation les différentes voies de recours possibles pour le locataire :
- si le jugement rendu au Tribunal dInstance est sans exécution provisoire, le locataire peut faire appel et bloquer la procédure dexpulsion
- si le juge rend une ordonnance ou un jugement avec exécution provisoire, le locataire peut faire appel mais sans bloquer la procédure dexpulsion.
Il est à noter quà partir de janvier 2007, le jugement dadjudication vaudra titre dexpulsion pour les occupants nayant pas le droit dêtre dans les lieux ; il nest plus alors besoin de passer par le Tribunal dInstance pour obtenir une ordonnance dexpulsion.
Dans le cas dun squatter, celui-ci reçoit directement une sommation de quitter les lieux puis une assignation en référé expulsion auprès du Tribunal dInstance. De même que le locataire, si loccupant se présente, il peut obtenir des délais auprès du juge. Dans le cas contraire, le juge rend une ordonnance dexpulsion qui a valeur exécutoire et qui est signifiée à loccupant. Il est à noter que celui-ci peut aussi être condamné à payer des indemnités doccupation jusquà lexpulsion ; lhuissier dispose alors des mêmes mécanismes que pour le locataire (cf ci-dessus).
Loccupant dispose de quinze jours pour faire appel. La procédure est ensuite la même que celle mise en uvre pour lexpulsion dun locataire.
Lhuissier envoie un commandement de quitter les lieux auquel sapplique le même délai de deux mois. Durant cette période, le locataire peut :
- quitter les lieux - obtenir de nouveaux délais auprès du juge dexécution qui suspend alors la procédure.
- faire une demande de relogement auprès de la mairie qui lui permet éventuellement de négocier des délais auprès du créancier.
Si rien de tout cela nest fait, lhuissier dresse un procès-verbal de tentative dexpulsion, retraçant sa venue sur les lieux et sa demande à loccupant de partir, qui se solde généralement par un refus. Lhuissier dresse alors un procès-verbal de réquisition de la force publique adressé au préfet qui le transmet au commissaire de police.
b. Efficacité de cette méthode
Le commissariat de police -mandaté par le service logement/expulsion de la préfecture- est alors chargé deffectuer une enquête sur la situation de loccupant (salaire, nombre denfants
). Selon les résultats de lenquête, la préfecture autorise ou bloque lexpulsion en examinant les possibilités de relogement. Elle dispose théoriquement de deux mois pour donner sa réponse.
A la fin de ces deux mois, le propriétaire dispose évidemment dun recours pour le cas où ladministration bloque son dossier, appelé prise à partie. Cette procédure consiste à demander à la préfecture (ou au tribunal administratif si celle-ci ne répond pas) le paiement dindemnités doccupation, qui sont équivalentes au montant du loyer. Il faut bien comprendre que ces indemnités sont dues de toute manière par loccupant à date de lordonnance dexpulsion. Lorsque celui-ci nest pas solvable, le tribunal administratif condamne lEtat à payer les indemnités, pour compenser le préjudice subi par le blocage de la procédure dexpulsion (qui est le fait de la préfecture, donc de lEtat).
Il est à noter en outre que les occupants bénéficient de la trêve hivernale, qui sétend du 1er novembre au 15 mars(1) ; dans les faits, il devient quasiment impossible dexpulser quelquun dès la mi-octobre. Si la préfecture fournit sa réponse avant le début de la période hivernale, alors les indemnités doccupation incluront cette période. Dans le cas contraire, la demande dindemnités est repoussée à la fin de la période hivernale.
Bien que ces indemnités à la charge de lEtat ont récemment conduit celui-ci à autoriser de plus en plus de recours à la force publique pour des expulsions (augmentation de 35% dans la région parisienne(2)), on peut sinterroger sur lefficacité de la procédure dexpulsion :
- entre la lenteur presque chronique du système juridique, la complexité des dossiers traités, la multiplicité des critères entrant en jeu et les nombreux délais qui peuvent être accordés à loccupant, cette procédure peut sétirer en longueur jusquà prendre plusieurs années, et naboutit parfois jamais.
- entre les frais dhuissiers et éventuellement les frais davocat sil faut retourner devant le juge (que ce soit pour obtenir un droit dexpulsion ou pour obtenir des indemnités doccupation), le coût de la procédure sélève en moyenne basse à 3000 euros.
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c. Une alternative plus sûre et plus rapide : larrangement à lamiable
Il existe une alternative à lexpulsion traditionnelle, à laquelle il est trop peu souvent fait référence : il sagit de larrangement à lamiable.
Larrangement à lamiable consiste à donner à loccupant une certaine somme dargent (dont le montant est libre) afin dobtenir la libération des lieux sans passer par la force publique. Bien que cette procédure ne comporte pas de cadre légal, elle demeure tout à fait envisageable voire même conseillée. Elle comporte plusieurs avantages, pour le propriétaire comme pour loccupant :
- pour le propriétaire :
· Faire une bonne affaire : le particulier peut obtenir des renseignements concernant les conditions doccupation du bien (situation sociale et âge de loccupant, nombre denfants...) auprès de lhuissier, lors de la visite par exemple. Cela lui permet destimer lui-même la difficulté de faire aboutir une procédure dexpulsion, ce qui peut indirectement le renseigner sur lardeur éventuelle de ses concurrents directs, qui sont généralement les marchands de biens. Ceux-ci cherchent par définition à acheter au meilleur prix pour revendre immédiatement après. Ils seront donc moins intéressés par un logement occupé qui semble difficile à faire libérer, ou dun logement comportant dimportants travaux de rénovation. Un tel bien ne fera donc pas lobjet dune concurrence ardue entre les marchands de biens et demeurera à un prix raisonnable.
· Obtenir une libération rapide des lieux : cette économie permet donc ensuite de procéder à un arrangement à lamiable pour obtenir la libération des lieux en évitant la lourde et coûteuse procédure dexpulsion.
- pour loccupant :
· Eviter laggravation de la précarité : en évitant un séjour prolongé dans un lieu dont la libération est exigée par la justice, loccupant évite ainsi daccumuler des indemnités doccupation impayées, pouvant aboutir aux différentes saisies vues ci-dessus (saisie-vente, saisie-attribution, saisie du salaire), qui aggravent sa précarité. Cette aide financière peut contribuer en partie à obtenir un relogement auprès de bailleurs sociaux.
· Obtenir un nouveau logement plus adapté à ses besoins : le relogement peut être loccasion de remédier à des problèmes parfois très graves comme linsalubrité des lieux (certains occupants, dont les ressources sont tellement précaires, nont pas dautre choix que de résider dans un logement insalubre et peuvent, dans la crainte dune augmentation de loyer si des travaux devaient y être réalisés, vouloir sy maintenir). Cela peut aussi être loccasion pour des familles nombreuses par exemple de toucher les APL -aides publiques au logement- qui ne sont accordées que si une certaine proportion entre le nombre doccupants et la taille du logement est respectée.
La façon la plus fiable et la plus rapide de procéder, bien quelle exige le consentement de loccupant, et implique que celui-ci entreprenne lui-même les démarches pour se reloger, est de passer par un tiers de confiance en la personne de lhuissier. Celui-ci reçoit une certaine somme en dépôt et ne la remet à loccupant quune fois quil a constaté que celui-ci a bien quitté les lieux. Il sagit dune simple transaction, une sorte de contrat entre le propriétaire et loccupant dont lexécuteur est lhuissier. Il est également possible de le faire par lintermédiaire dun avocat.
Bien entendu, cette solution ne prétend pas être miraculeuse et infaillible. Il existe certains occupants qui profitent -consciemment ou non- des rouages du système et peuvent paralyser tout arrangement à lamiable par leur immobilisme (en nentamant aucune démarche de demande de relogement par exemple). Il sagit de les sensibiliser à leur situation comme expliqué ci-dessus. Souvent, ceux-ci ne savent pas à qui sadresser, par où commencer, et les propriétaires sont rarement bien renseignés sur ce sujet
La plupart des organismes de relogement sont mandatés par lEtat ou la Préfecture, desquels ils reçoivent leurs dossiers de candidature pour lobtention de logements sociaux. Ce dossier doit être constitué par loccupant, qui peut se le procurer à la mairie ; il est ensuite examiné par la Préfecture et éventuellement redirigé vers un organisme de relogement.
Il est bien évident que ces démarches prennent du temps, en raison de la charge de travail déjà très importante des travailleurs sociaux. En outre, dans le cas dun organisme comme la SIEMP (www.siemp.fr), il est à regretter que ce système, très centralisé, ne souvre pas aux particuliers qui pourraient poser une demande directement pour leur locataire ou loccupant quils aimeraient voir quitter les lieux, et obtenir par ce biais une certaine aide financière pour les reloger.
(1) Code de la construction et de lhabitation, L 613-3 (2) Affiches parisiennes et départementales, n°99, jeudi 08/09/06, p4
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